Le départ du propriétaire d’entreprise n’est pas une fin, mais la transaction financière la plus importante de sa carrière. Au Québec, où une part significative des PME devra faire face à un transfert d’ici les 5 à 10 prochaines années, l’urgence de planifier est réelle. Les statistiques montrent qu’une majorité d’entrepreneurs sous-estiment le temps nécessaire.
Combien de temps faut-il vraiment pour préparer sa sortie d’entreprise? Idéalement, la planification stratégique doit débuter entre 5 et 10 ans avant le départ souhaité.
Cette anticipation permet d’optimiser la valeur de l’entreprise (potentiellement 20 à 40 % de plus) et de maximiser les avantages fiscaux cruciaux, comme l’Exemption pour gains en capital (EGC), qui s’élève à 971 190 $ pour 2023. Si vous attendez, vous risquez non seulement de laisser de l’argent sur la table, mais aussi de compromettre l’avenir de votre entreprise et, potentiellement, les emplois de vos employés.
- Dans cet article, nous explorerons les trois leviers stratégiques qui nécessitent une planification sur plusieurs années, et nous illustrerons, à l'aide d'une étude de cas chiffrée, le coût réel de l'improvisation.
Qu'est-ce qu'une sortie d'entreprise ?
La sortie d’entreprise (ou relève) est le processus structuré par lequel un propriétaire d’entreprise cède le contrôle et la propriété de sa PME à un tiers (famille, employés ou acheteur externe). La relève n’est pas seulement un événement, c’est une stratégie financière et opérationnelle.
Au Québec, ce sujet est critique. Selon certaines études et sondages menés auprès des associations patronales, environ 35 % des dirigeants de PME prévoient de prendre leur retraite d’ici les 5 à 10 prochaines années. Le défi est double : l’âge moyen des propriétaires tend à augmenter, et beaucoup d’entre eux n’ont pas de plan de relève formel ou un plan incomplet. L’absence de planification est la cause principale de l’échec d’une succession, qu’il s’agisse d’une diminution de la valeur (nécessitant des baisses de prix) ou de la fermeture pure et simple de l’entreprise.
Une planification stratégique de sortie consiste à aligner les objectifs personnels (montant d’argent nécessaire à la retraite) avec les objectifs d’affaires (maximiser la valeur de l’actif) en s’assurant que la structure fiscale permet la meilleure extraction possible de la richesse.
La planification : un marathon de 5 à 10 ans pour tripler votre impact
La plus grande erreur des entrepreneurs est de croire que la sortie se règle en quelques mois. Les experts en Fusions et Acquisitions et les fiscalistes québécois s’entendent : il faut entre 5 et 10 ans pour mettre en place les fondations d’un transfert optimal et s’assurer que l’entreprise est « achetable ».
Pourquoi ce délai est-il essentiel? Il permet d’agir sur trois leviers cruciaux qui déterminent le prix de vente final.
Optimiser la valeur de l'entreprise et la rendre "prête à vendre" (5 ans avant)
La valeur d’une entreprise se maximise lorsque celle-ci est la moins dépendante de son fondateur et présente des flux de trésorerie stables et prévisibles. La période de 5 ans permet de :
Documenter les processus et la structure
S’assurer que le savoir-faire n’est pas uniquement dans la tête du propriétaire. L’acheteur paie pour des systèmes reproductibles, pas pour des talents uniques.
Renforcer l'équipe de gestion
La présence d’une équipe de relève capable (un « second niveau ») est l’un des facteurs les plus rassurants pour un acheteur. Elle prouve que l’entreprise peut survivre au départ du fondateur.
Améliorer la rentabilité et les marges
Les acheteurs utilisent souvent des multiples de l’EBITDA (Bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement) pour valoriser une PME. Une simple augmentation de 1 $ d’EBITDA, soutenue sur la durée, peut se traduire par une augmentation de 3$ à 5 $ du prix de vente (selon le multiple sectoriel).
Maximiser l'avantage fiscal et protéger le patrimoine (7 ans avant)
Le gain en capital réalisé lors de la vente de l’entreprise est la source de richesse du futur retraité. Une stratégie fiscale proactive est incontournable.
L'Exemption pour gains en capital (EGC)
En 2023, elle permet d’encaisser jusqu’à 971 190 $ de gains en capital exempts d’impôt lors de la vente d’actions de PME admissibles.
Pour en bénéficier pleinement, l’entreprise doit respecter des critères stricts, comme la règle des 90 % des actifs utilisés activement dans l’entreprise, au moment de la vente, et la règle des 50 % au cours des 24 mois précédents.
Ces règles exigent souvent des réorganisations plusieurs années à l’avance.
Le Transfert intra-familial (Loi C-208 et son pendant provincial)
Ces changements récents visent à faciliter le transfert d’entreprise aux enfants ou petits-enfants en permettant à l’entrepreneur de bénéficier de l’EGC, au même titre que s’il vendait à un acheteur externe.
Sans une bonne planification par un fiscaliste, le transfert familial pourrait être considéré comme un dividende imposable, beaucoup plus coûteux.
Dégraisser, réorganiser et séparer l'actif personnel (1 à 3 ans avant)
La dernière phase de préparation consiste à isoler ce qui doit être vendu de ce qui doit être conservé.
La « toilette » fiscale
Il s’agit de s’assurer que l’entreprise est aussi « propre » que possible pour l’acheteur, notamment en retirant les actifs personnels non essentiels à l’exploitation (immeubles détenus par une compagnie de gestion séparée, placements passifs importants).
Ces actifs peuvent nuire à la qualification des actions pour l’EGC.
Les conventions d'actionnaires
S’assurer que les conventions sont à jour, qu’elles prévoient clairement le processus de rachat ou de vente, et qu’elles sont alignées sur la stratégie de sortie de tous les actionnaires.
Exemple d'écart fiscal entre entrepreneurs québécois
Voici une illustration simplifiée de l’impact fiscal d’une planification précoce versus tardive pour un entrepreneur québécois qui réalise un gain en capital de 1 500 000 $ lors de la vente de sa PME.
| Scénario | Situation Fiscale | Gain Imposable (Après EGC) | Impôt à Payer (Est.) | Argent net restant | Impact Financier |
|---|---|---|---|---|---|
| Planification précoce (Actions Qualifiées) | L'entrepreneur est admissible à l'EGC de 971 190 $. | $1,500,000 - $971,190 = $528,810 | environ 132,200 $ | $1,367,800 | Maximum de la richesse conservée. |
| Planification tardive (Actions Non Qualifiées) | L'entrepreneur n'est pas admissible à l'EGC. Le taux d'inclusion est de 50%. | $1,500,000 x 50% = $750,000 | environ 187,500 $ | $1,312,500 | Perte de $55,300 en impôts supplémentaires. |
| Pire Scénario (Dividende Déguisé) | Le transfert familial est requalifié en dividende. | $1,500,000$ (entièrement imposable) | environ 585,000 $ | $915,000 | Perte de $452,800! |
Source : Calculs basés sur les règles d’inclusion (50 %) et les taux marginaux d’imposition combinés Québec/Fédéral de 2023 (Taux et montants fournis à titre indicatif et ne constituent pas un conseil fiscal).
Conclusion : L’entrepreneur qui planifie à l’avance et qualifie ses actions pour l’EGC conserve près de 55 300 $ de plus sur ce seul gain, par rapport à la planification tardive. Le risque du pire scénario (transfert familial mal structuré) représente une perte de richesse de près d’un demi-million de dollars, ce qui met en lumière l’importance de faire appel à un fiscaliste dès les premières étapes.
FAQ (Foire aux questions) sur la sortie d'entreprise
Il est recommandé de faire une évaluation formelle par un expert en évaluation d’entreprise (EEE) dès le début du processus de planification (5 à 10 ans avant). Cela établit une valeur de référence et vous donne des objectifs concrets pour les années suivantes. Une mise à jour de l’évaluation sera nécessaire 1 an avant la vente. Les méthodes les plus courantes au Québec, utilisées par l’Ordre des CPA, sont les multiples de l’EBITDA et la méthode des flux de trésorerie actualisés.
Oui, de plus en plus. La relève interne par les employés, souvent structurée via un rachat (LBO – Leveraged Buyout) ou une coopérative de travail, est une option très viable pour maintenir l’ancrage régional et l’identité de l’entreprise. Ce type de transfert nécessite cependant l’intervention de fiscalistes et de banquiers pour structurer le financement et le montage actionnarial de manière que les employés puissent acheter les parts progressivement.
Pour une sortie réussie, vous devez former une équipe multidisciplinaire complète :
Fiscaliste (crucial) : Pour la qualification des actions, l’optimisation fiscale et les réorganisations.
- Expert en évaluation d’entreprise (EEE) : Pour établir la juste valeur marchande et fournir un document d’autorité.
- Avocat d’affaires : Pour la rédaction des ententes, contrats, conventions d’achat-vente et la diligence raisonnable légale.
- Banquier d’affaires ou courtier M&A : Si vous vendez à un tiers, pour identifier les acheteurs et négocier le prix.
En l’absence de préparation, vous risquez d’être dans une position de faiblesse :
Réduction de la valeur : L’acheteur verra des risques non maîtrisés (dépendance au fondateur, documentation faible), ce qui entraînera une décote de la valeur.
- Paiement d’impôts excessif : Vous pourriez perdre l’accès à l’EGC ou à d’autres structures avantageuses, augmentant l’impôt de plusieurs dizaines de milliers de dollars.
- Processus long et frustrant : La diligence raisonnable s’éternise, car l’acheteur doit faire le travail d’organisation que vous n’avez pas fait.
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La planification stratégique de votre sortie d’entreprise est un investissement qui vous rapporte non seulement en argent, mais aussi en tranquillité d’esprit. Face aux montants en jeu, vous ne pouvez vous permettre d’improviser.
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